vendredi 23 septembre 2011

[revue de presse] - [108] - [23 septembre 2011] - [Panique au palais]


1. PANIQUE A L’ÉLYSÉE

L'ELYSEE A T-IL VIOLE LE SECRET DE L'INSTRUCTION ?
Lepost
Dans un communiqué visant à mettre hors de cause Nicolas Sarkozy dans l'affaire Karachi, l'Elysée affirme que "le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur du dossier judiciaire".
"Comment l'Élysée peut-il être au courant alors qu'il y a un principe de séparation des pouvoirs en France ?", s'interroge Magali Drouet, fille d'une des victimes de l'attentat de Karachi au micro d'Europe1.
Plus loin, Magali Drouet dénonce l'attitude du gouvernement depuis le début de l 'affaire Karachi.
"Cela fait trois ans que dès qu'il y a quelque chose, le seul contrefeu trouvé par l'exécutif français c'est que nous sommes manipulés et qu'il faut respecter notre douleur. Nous ne sommes les marionnettes de personne", a expliqué la jeune femme qui souhaite que la vérité voit le jour.

Le démenti de l' Elysée a égalment suscité une réaction des syndicats de magistrats.

"Les services de la présidence de la République font clairement référence au contenu des pièces d'une procédure judiciaire, montrant qu'ils ont pu en avoir connaissance, dans l'irrespect apparent du secret de l'instruction", a dénoncé le président de l'Union Syndicale des Magistrats, Christophe Regnard, cité par le Parisien.fr....".

Autres Articles :
- KARACHI : DES MAGISTRATS ACCUSENT L'ELYSEE D'AVOIR LE SECRET DE L'INSTRUCTION. Le Monde 22/09
- UNE PETITE QUESTION A PROPOS DE LA SÉPARATION DES POUVOIRS. Le blog de Guy Birenbaum 22/09


L'ELYSEE TOUITTE POUR DEDOUANER SARKOZY
Libération, Jonathan Bouchet-Petersen

Les 45.266 abonnés au compte Twitter de l'Elysée ont eu la surprise d'être gratifiés ce jeudi après-midi de plusieurs tweets martelant que le président de la République n'a rien à voir avec les dernières révélations de l'affaire Karachi.
.... En utilisant Twitter pour monter au créneau, l'Elysée montre en tout cas que le dossier est pris très au sérieux par l'entourage du président de la République. Que Nadine Morano, ministre du gouvernement Fillon et sarkosyste de choc, affirme que le président de la République n'a rien à voir avec toute cette histoire, c'est assez habituel. Mais que l'Elysée prenne la peine de communiquer sur le réseau social Twitter, alors que son compte est d'habitude réservé à des communications plus institutionnelles, cela donne surtout le sentiment d'un vent de panique soufflant sur le palais de l'Elysée."

lien direct : http://www.liberation.fr/politiques/01012361435-karachi-l-elysee-twitte-pour-dedouaner-nicolas-sarkozy


ÇA VOUS REGARDE 22/09 : LE PRÉSIDENT EST-IL EN DANGER ?
LCP



KARACHIGATE : SARKOZY A ENCORE PERDU SON SANG FROID
Sarkofrance
"...Mercredi soir puis jeudi matin, quasiment tous les médias français consacraient donc leur couverture à la récente accélération de l'affaire Karachi. Tous... sauf le Figaro, TF1 et le site d'information Atlantico récemment créé avec la participation minoritaire d'Arnaud Dassier. Mercredi 21 septembre, la direction de TF1 avait décidé de censurer un reportage sur l'affaire de Karachi, pourtant prêt, de son journal télévisé. La chaîne se rattrape le lendemain, en diffusant un édifiant reportage sur le bidonnage des comptes des campagne d'Edouard Balladur.

Tous les efforts de « présidentialisation » maîtrisée depuis des mois ont été ruinés en quelques heures. Sarkozy voulait apparaître serein et protecteur. Pour quelques articles et deux mises en examen, il s'est enragé. Jeudi après-midi, la Présidence de la République, c'est-à-dire Nicolas Princen, a tweeté en cascade toutes sortes de messages d'autodéfense. Au même moment, le « Communiqué de la Présidence de la République » ne laissait aucun doute sur l'état de fébrilité qui agite l'Elysée:

La Présidence de la République tient à apporter les précisions suivantes : 
- M. Nicolas SARKOZY n'a jamais dirigé la campagne de M. Edouard BALLADUR. 
- Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole. 
- S'agissant de l'affaire dite de « Karachi », le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier. Il y est donc totalement étranger d'autant plus qu'à l'époque où il était ministre du Budget, il avait manifesté son hostilité à ce contrat comme cela apparaît dans les pièces de la procédure. 
- Les familles des victimes de l'attentat de Karachi ont droit à la vérité et au respect de leur souffrance. 
Tout le reste n'est que calomnie et manipulation politicienne.

On s'interroge. Maître Morice, avocat des familles de victimes, dégaine à son tour, sur Canal+: comment l'Elysée a-t-elle eu accès au dossier ? Et il accuse : « Brice Hortefeux, conseiller de Nicolas Sarkozy, a été en contact avec Thierry Gaubert pendant sa garde à vue ». 

L'accusation est gravissime.

On s'interroge encore: « tout le reste » serait de la calomnie. Dans une tribune publiée en 2010 dans le Figaro, Balladur expliquait qu'il n'était pas responsable du versement de commissions dans le cadre de ventes d'armes: « La décision d'autoriser l'octroi de commissions n'était pas de la responsabilité du Premier ministre ou de ses services. J'ignore si, en l'espèce, il a été décidé d'y avoir recours.» En 1995, la décision de verser des commissions à des intermédiaires lors de contrats d'armements était du ressort du ministre du Budget, un certain Nicolas Sarkozy. Ce n'est pas de la calomnie, c'est un fait."
lien direct : http://sarkofrance.blogspot.com/2011/09/karachigate-sarkozy-encore-perdu-son.html

ET SORT NADINE MORANO DANS LES MÉDIAS... (SIGNE QUE RIEN NE VA PLUS)
NADINE MORANO VS OLIVIER MORICE : CA CLASHE AU GRAND JOURNAL
LePost / Canal+

Échange très vif jeudi soir sur le plateau du Grand Journal entre Nadine Morano, ministre du Travail, et Me Olivier Morice, avocat des familles des victimes de l'attentat de Karachi. Le ton est monté crescendo entre les deux, atteignant son "apogée" au moment où l'avocat annonce qu'il va attaquer la ministre pour propos diffamatoires !

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Dans la deuxème partie, ça finit par déraper complètement, jusqu'au moment au Me Olivier Morice craque et balance à Nadine Morano : "La République irréprochable, vous pouvez vous la mettre où je pense."
Voir la vidéo à partir de 4 min 20 :

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo


lien direct : http://www.lepost.fr/article/2011/09/22/2596320_karachi-nadine-morano-vs-olivier-morice-ca-clashe-au-grand-journal.html

Complément :
- KARACHI, MORANO POURSUIVIE POUR DIFFAMATION ? Europe 1

LA THÉORIE DU COMPLOT, ÇA VA BIEN, ÇA VA TRÈS BIEN MÊME !
Le blog de Guy Birenbaum
"De la cohérence…
Lorsque Dominique Stauss-Kahn n’a pas écarté la thèse d’un complot, il y a quelques jours, sur TF1, les caciques de l’UMP n’ont pas eu de mots assez durs pour s’indigner, à l’image de Jean-François Copé : “La théorie du complot, ça va bien, je ne peux accepter les sous-entendus (…) C’est extrêmement choquant qu’on vienne rajouter une théorie du complot à tout ce que nous venons de vivre.”...
Bah oui !
La théorie du complot, ça va bien maintenant !
Assez de complots !
Ras le bol des complots !
Et des comploteurs !
Et des complotistes aussi !
Bon j’en étais là quand j’ai ouvert mon Figaro…
Et là…


…"


lien direct : http://guybirenbaum.com/20110923/la-theorie-du-complot-ca-va-bien-ca-va-tres-bien-meme/

SARKOZY ORGANISE LE LÂCHAGE DE BALLADUR DANS L'AFFAIRE KARACHI
Le Monde, Arnaud Parmentier

"...Ainsi, c’est très clairement le lâchage d’Edouard Balladur, mentor de Nicolas Sarkozy, qui s’organise. « Edouard ne passera pas à travers les gouttes », distille un proche du président, qui estime que  « Van Ruymbeke n’arrivera pas à atteindre directement Sarkozy, mais cela créé une mauvaise atmosphère ». Brice Hortefeux ne veut pas croire que l’affaire plombera la campagne de Nicolas Sarkozy pour 2012 :
« Ce n’est pas Balladur qui est candidat. C’est la campagne de Balladur qui est à l’origine de cela », déclare l’ancien ministre de l’intérieur.

Nicolas Sarkozy ne renie pas son amitié avec Nicolas Bazire. L’entourage du président dit ne pas savoir si M. Sarkozy a téléphoné à M. Bazire, mais un proche met en garde : « Bazire a intérêt à se méfier de ses portables. Il va être écouté ». Bref, Nicolas est devenu un danger pour Nicolas, même si la Sarkozye essaie de se rassurer : le vice président de LVMH n’a été mis en examen « que » pour complicité d’abus de biens sociaux. Ce serait une manœuvre habituelle, pour éviter la prescription d’une affaire vieille de dix-sept ans...."
lien direct : http://elysee.blog.lemonde.fr/2011/09/22/sarkozy-organise-le-lachage-de-balladur-dans-laffaire-karachi-ce-nest-pas-balladur-qui-est-candidat-lance-hortefeux/

TF1 22/09




2. BRICE HORTEFEUX S'EN MÊLE (LES PINCEAUX)


DES INTERCEPTIONS TELEPHONIQUES METTENT EN CAUSE L'EX-MINISTRE DE L'INTERIEUR BRICE HORTEFEUX
Le Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme
"Un sentiment de panique semble avoir gagné les rangs sarkozystes. Le témoignage accusatoire de la princesse Hélène de Yougoslavie, recueilli le 8 septembre par les policiers à la demande du juge Renaud Van Ruymbeke, inquiète le pouvoir au point que celui-ci néglige toute prudence. L'épouse de Thierry Gaubert y détaille les voyages en Suisse, en 1995, de ce proche du chef de l'Etat, et les espèces qu'il aurait remis ensuite à Nicolas Bazire, alors directeur de la campagne d'Edouard Balladur.

Quelques jours après cette déposition, le 14 septembre 2011, Brice Hortefeux appelle Thierry Gaubert sur son portable, pour le mettre en garde sur les révélations faites par sa femme. Dans les extraits de cette conversation, dont Le Monde a eu connaissance, le meilleur ami de Nicolas Sarkozy révèle à M. Gaubert le rôle joué par sa femme dans l'enquête, en violation du secret de l'instruction. "Elle balance beaucoup apparemment Hélène", avance M. Hortefeux.

"Qu'est-ce que tu as comme infos là-dessus, toi, parce qu'elle me dit qu'elle dit rien", répond M. Gaubert. "Ça m'embête de te le dire par téléphone […] Il y a beaucoup de choses hein", assure l'ex-ministre de l'intérieur. Manifestement, M. Hortefeux a eu accès aux déclarations sur procès-verbal d'Hélène de Yougoslavie, alors même qu'elles n'ont pas encore été cotées au dossier d'instruction du juge Van Ruymbeke. "Je te raconterai, poursuit-il, mais ils ont énormément de choses […]. T'as eu Bazire, parce que visiblement il est lui dedans dans cette histoire."

COMPTES BANCAIRES À L'ÉTRANGER

Placé en garde à vue le 20 septembre, Thierry Gaubert a admis que Brice Hortefeux lui avait bien confié l'identité de ce témoin clé. Au cours de son audition, l'ex-conseiller de Nicolas Sarkozy a reconnu avoir ouvert à l'étranger des comptes bancaires destinés à accueillir des fonds non déclarés. S'il reconnaît que ces fonds proviennent de l'intermédiaire sulfureux Ziad Takieddine, il assure en revanche qu'ils ne lui ont été versés qu'après l'élection présidentielle de 1995, et qu'ils ne sont en aucun cas issus des contrats d'armement signés par le gouvernement Balladur fin 1994. Il certifie par ailleurs n'avoir jamais remis d'espèces à Nicolas Bazire.

Le contexte devient brûlant pour l'exécutif. "Si Sarko il passe pas en 2012, ils sont tous dans la merde…", affirme ainsi la fille de Thierry Gaubert à son petit ami, dans une conversation téléphonique interceptée par les policiers, le 19 juillet 2011." (voir en fin de billet)

KARACHI : LA RÉPONSE DU NOUVEL OBSERVATEUR A HORTEFEUX
Le nouvel obs, Michel Labro
"On ne saurait trop féliciter Brice Hortefeux d'être attentif à ce qu'écrit "Le Nouvel Observateur". Mais comment ne pas être impressionné lorsque notre ex-ministre de l'Intérieur trouve le moyen de faire référence à un papier qui n'a pas encore été écrit. Ses déclarations à l'AFP à propos de  ses communications téléphoniques avec Thierry Gaubert revêtent de ce point de vue un caractère assez surréaliste. Voilà en effet un ancien ministre de l'Intérieur qui appelle ce proche de Nicolas Sarkozy en délicatesse avec la justice pour l'avertir que sa femme, entendue par la police, "balance beaucoup" et que cela va finir par devenir préoccupant... Motif : l'épouse de Thierry Gaubert, la princesse Hélène de Yougoslavie, avec laquelle celui-ci est en instance de divorce, se serait répandue pendant de longues heures devant les policiers sur les voyages en Suisse qu'aurait fait son époux, fin 1994-début 1995, en compagnie de Ziad Takkiedine et de Nicolas Bazire, autre proche de Nicolas Sarkozy, alors directeur de cabinet d'Edouard Balladur à Matignon. Selon elle, les trois hommes seraient revenus du pays de l'argent invisible avec de volumineuses valises de billets.  Une information qui fait tilt au moment où les juges travaillent d'arrache pied sur le volet financier de l'affaire Karachi.

Seulement voilà : comment Brice Hortefeux peut-il être au courant des déclarations de l'épouse de Thierry Gaubert aux policiers au moment où il appelle son ami le 14 septembre ? "Il s'agissait juste d'une conversation entre amis après avoir eu vent de ces rumeurs", a-t-il précisé à l'AFP après que lemonde.fr a publié une partie de leur conversation téléphonique. "Je n'ai jamais eu accès au moindre élément sur cette enquête, a-t-il  encore déclaré, en ajoutant que "Le Nouvel Observateur" avait déjà affirmé avant cet appel téléphonique que Hélène Gaubert avait raconté beaucoup de choses aux enquêteurs". Or, on en est désolé pour M. Hortefeux, mais tout cela est totalement faux. "Le Nouvel Observateur" a effectivement annoncé, avec un temps d'avance sur le reste de la presse, que la belle Hélène, entendue par les policiers à la fin de l'été, leur avait confié que son mari avait joué aux porteurs de valise et que le juge Renaud Van Ruymbeke s'apprêtait à l'entendre, mais c'était, sous la plume de Serge Raffy, dans le numéro du jeudi 22 septembre que vous pouvez trouver en kiosque encore aujourd'hui.

Avant, nous avions bien entendu dire, comme certains de nos confrères, qu'un témoin clé s'apprêtait  à faire des déclarations gênantes pour certains proches de Nicolas Sarkozy mais, jusqu'au début de la semaine, nous ne savions pas qu'il s'agissait de l'épouse de Thierry Gaubert. Bref  il faudra que Brice Hortefeux trouve une autre explication pour justifier comment il a pu avoir accès à des informations qui n'auraient pas dû se trouver en sa possession."
lien direct : http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/politique/20110923.OBS0978/karachi-la-reponse-du-nouvel-observateur-a-brice-hortefeux.html
Autres articles :
- KARACHI : LES AVERTISSEMENTS D'HORTEFEUX, JDD
- AFFAIRE TAKIEDDINE, LA JUSTICE SUR LA TRACE DE JEAN-FRANCOIS COPE, Mediapart (payant)

3. L'AUDITION DE THIERRY GAUBERT

EN GARDE A VUE, GAUBERT S'EXPLIQUE SUR SES LIENS AVEC TAKIEDDINE
Le Monde, Gerard Davet, Fabrice Lhomme
"...Les policiers le suspectent par ailleurs d'avoir tenté d'influer sur le témoignage que sa femme s'apprêtait à faire devant le juge Van Ruymbeke. En effet, M. Gaubert avait été alerté par un coup de fil de BriceHortefeux, le 14septembre, que sa femme avait "balancé beaucoup" lors de sa première audition devant les policiers, le 8 septembre…


Aujourd'hui responsable des relations publiques de BPCE (Banques populaires-Caisses d'épargne) et président d'Efidis, une société HLM, M. Gaubert a notamment concédé avoir ouvert divers comptes à l'étranger dans le cadre de ses "affaires".  "Est-ce dans le cadre d'une activité non déclarée, illégale?", lui ont demandé les policiers. "Oui, A-t-il admis. Dans le cadre de projets immobiliers. Je touche des commissions lorsque je trouve un acheteur ou un vendeur. Je fais cela depuis plusieurs années, environ dix-quinze ans."

Ainsi,l 'ex-secrétaire général de la mairie de Neuilly-sur-Seine reconnaît être le détenteur, parmi d'autres, d'un compte aux Bahamas qui serait crédité de 1 million d'euros, ou encore d'"un tout petit compte" ainsi que d'un coffre à la banque Safdié de Genève, spécialisée dans la gestion de fortune.

"Il a très peu servi, a-t-il plaidé. J'ai dû faire une opération. Je crois que c'est M. Lejeune qui m'a donné de l'argent. Il avait acheté grâce à moi une propriété à la campagne. J'ai dû toucher 200 000 francs français [environ 30 000 euros]. Cela doit être en 1995. Je lui avais également fait acheter des actions [de la société] Gemplus (…) dirigée par Marc Lassus et Ziad Takieddine. Je lui en avais fait acheter pour 100 millions de francs. J'avais touché 1 million de francs ou 1,5 million de francs."

M. Gaubert assure même que M. Takieddine, qu'il n'aurait rencontré qu'après l'élection présidentielle de 1995, lui a ouvert "sans [son] autorisation" un compte dans une banque libanaise. "C'était il y a un an car il pensait que nous ferions affaire ensemble au Koweït."

Thierry Gaubert n'a pas fait mystère de sa proximité avec l'homme d'affaires, avec qui il dit s'être rendu régulièrement "en Suisse, mais jamais dans des banques", et parfois avec leurs "familles respectives aux sports d'hiver". "Nous y allions en avion, Paris-Genève directement. C'était lui qui payait les vols et les nuits d'hôtel car c'était à sa demande. C'était plutôt dans les années 2000, mais il est possible qu'il y en ait eu en 1995."

Aux policiers qui s'étonnaient que M. Takieddine se soit montré aussi "généreux" avec lui, M. Gaubert a répondu : "J'étais son seul ami français non libanais. Il était flatté de côtoyer des personnalités que je lui avais présentées, notamment MM. Hortefeux et Copé entre 2002 et 2004 (…). Je sais qu'il connaissait d'autres personnalités politiques non présentées par moi, comme Léotard et Séguin."

Les policiers ont alors abordé le point le plus sensible du dossier, relatif à des retraits d'argent liquide à Genève, au bénéfice de Nicolas Bazire, en 1995, lorsque celui-ci était directeur de campagne d'Edouard Balladur.

"Mme Nicola Johnson, ex-femme de M. Takieddine, et Mme Hélène Gaubert [son épouse] ont indiqué que vous et M. Ziad Takieddine faisiez de fréquents voyages en Suisse pour aller chercher de l'argent en espèces dans le coffre de la banque Safdié, confirmez-vous ces déclarations?", ont demandé les enquêteurs. "Non. Je ne sais pas pourquoi elles ont raconté cela (…). Je n'ai jamais remis d'argent à M.Bazire."

"Avez-vous sorti de l'argent en espèce d'un coffre de chez Safdié pour le remettre à M. Takieddine ou à un autre?", ont poursuivi les policiers. "Jamais", a martelé M.Gaubert : "J'affirme ne jamais avoir reçu un centime de M. Takieddine en lien avec ses fonctions d'intermédiaire dans les contrats d'armement."

Les enquêteurs ont ajouté: "Votre épouse a même précisé que vous aviez remis des espèces, avec M. Takieddine, à M. Bazire lorsque M. Balladur était premier ministre." "Je répète que j'ai connu Takieddine mi-1995 ou fin 1995, mais après la campagne présidentielle", a rétorqué M. Gaubert. "M. Bazire a-t-il eu peur de M. Takieddine?", ont questionné les policiers. "Ce n'est pas de la peur. Il ne l'appréciait pas."

"Selon votre épouse, vous lui auriez dit que Nicolas Bazire ne voulait plus voir Ziad Takieddine et qu'il avait peur de ce dernier et de ces remises d'argent?", a encore insisté la police judiciaire. "Non, ce n'est pas cela. Il avait une réputation sulfureuse et ne voulait pas le revoir après la conclusion du contrat avec l'Arabie saoudite."

Interrogé sur ses relations avec Nicolas Bazire, M. Gaubert a indiqué l'avoir "connu en 1990-1991. Il venait à la mairie de Neuilly-sur-Seine lorsque j'aidais le maire de l'époque, M. Nicolas Sarkozy. Nous sommes devenus très vite copains." S'agissant de la relation entre MM. Takieddine et Bazire, M. Gaubert "suppose" qu'elle s'est nouée "par l'entremise de M. Léotard" (ministre de la défense de 1993 à 1995). "Je vous précise que c'est M. Bazire qui m'a présenté M. Takieddine", a insisté Thierry Gaubert.
lien direct : http://www.lemonde.fr/politique/article/2011/09/23/en-garde-a-vue-thierry-gaubert-s-explique-sur-ses-liens-avec-ziad-takieddine_1576693_823448.html


ET BONUS...

KARACHI : LE NOM DE SARKOZY CITE DANS UNE ECOUTE TÉLÉPHONIQUE
Le Parisien
"...«Si Sarko passe pas en 2012, ils sont morts». Quelques mois avant son interpellation et sa mise en examen,  Thierry Gaubert avait été placé sous écoute par la justice. D'après le Monde.fr, les enquêteurs ont relevé le 19 juillet, une bien étrange conversation entre la fille de Thierry Gaubert, Nastasia, et un ami, un certain David. C.  
La fille de Gaubert est visiblement en grande détresse. Elle fait part de ses craintes à propos de comptes bancaires aux Bahamas et de sa mère, Hélène de Yougoslavie, celle par qui le scandale des mallettes est arrivé. 
Apparemment, Thierry Gaubert semblait déjà craindre que son épouse ne parle trop et «ne craque» devant le juge. Nastasia s'explique ainsi à son ami : «Donc voilà. Il a dit à ma mère : si tu craques euh..., toute la famille saute, on saute tous (...) Il lui a dit euh... vraiment, on est dans la merde». Et de poursuivre  : «Et euh... personne pour l'aider parce que euh... Copé est trop dans la merde. Hortefeux est trop dans la merde. Et si euh... Sarko ne... ne passe pas au deuxième tour, euh... lui aussi est dans la merde et personne ne l'aide. Il a dit... Mon père, il a dit à ma mère : personne m'aidera. Parce que tout le monde est dans la merde (...). Sarko, il veut même pas l'aider. Enfin là, ça va encore, mais si Sarko il passe pas en 2012 euh..., vraiment, ils sont tous dans la merde»...."
lien direct : http://www.leparisien.fr/affaire-karachi/en-direct-karachi-le-nom-de-sarkozy-cite-dans-une-ecoute-telephonique-23-09-2011-1621848.php

jeudi 22 septembre 2011

[revue de presse] - [107] - [jeudi 22 septembre 2011] - [L'Elysée fébrile]



1 / NICOLAS BAZIRE MIS EN EXAMEN

JDD

"Thierry Gaubert, ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, a été mis en examen mercredi soir pour recel d'abus de biens sociaux dans l'enquête sur l'affaire Karachi.

Nicolas Bazire, ancien directeur de campagne d'Edouard Balladur et autre proche de Nicolas Sarkozy, a été également mis en examen jeudi,  pour complicité d'abus de biens sociaux et laissé en liberté sans contrôle judiciaire dans le volet financier du dossier Karachi.

Le juge Renaud van Ruymbeke enquête sur un éventuel financement occulte de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur en 1995 (dont le porte-parole de campagne était Nicolas Sarkozy), par le biais de rétrocommissions versées dans le cadre de contrats d'armement, mises en lumière dans l'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002."
lien direct : 
http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/Nicolas-Bazire-a-ete-mis-en-examen-393653/?from=headlines




BFM TV / DEBAT C.REGNARD ET FABRICE LHOMME


Autres articles : 

2 / LA RÉACTION DE L’ÉLYSÉE


SARKOZY SE DIT ETRANGER A L'AFFAIRE
Europe1

"L'étau semble se resserrer autour du chef de l'Etat dans l'enquête sur le volet financier de Karachi puisque deux de ses proches sont désormais mis en examen . Mais la présidence de la République réfute jeudi, dans un communiqué diffusé en début d'après-midi, tout lien entre Nicolas Sarkozy et le financement de la campagne électorale d'Edouard Balladur en 1995. Et dénonce "calomnie et manipulation politicienne" dans ce dossier.

Sarkozy "n'a pas dirigé la campagne" de Balladur

Dans ce communiqué, l'Elysée assure que le chef de l'Etat n'a "jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne", dont il était le porte-parole, et que son nom "n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier". "M. Nicolas Sarkozy n'a jamais dirigé la campagne de M. Edouard Balladur", ajoute le document officiel.

Nicolas Sarkozy se redit par ailleurs "totalement étranger" au dossier de financement illégal de la campagne de Balladur par d'éventuelles rétrocommissions provenant de contrats de ventes d'armes.

François Fillon a pour sa part dénoncé jeudi dans un communiqué les "attaques insidieuses et calomnieuses" dont Nicolas Sarkozy est, selon lui, "la cible" à travers l'affaire Karachi. Le Premier ministre, "attaché au bon fonctionnement de nos institutions, invite les Français à rejeter les insinuations et les spéculations malveillantes qui entourent le déroulement des enquêtes", précise le communiqué, ajoutant que "l'affrontement politique n'autorise pas tout".

Bazire nie toute implication

Après Thierry Gaubert, ancien conseiller du président, Nicolas Bazire, un autre de proche de Nicolas Sarkozy, a été mis en examen jeudi dans l'enquête sur une possible corruption politique lors de l'élection présidentielle de 1995.

Nicolas Bazire lui-même a fait part de son "absence totale d'implication", dans la signature de contrats d'armement au coeur de l'enquête, a déclaré son avocat Jean-Yves Liénard. "Aucun témoin ou mis en examen n'a une seule fois parlé de Nicolas Sarkozy, qui est totalement absent du dossier", a par ailleurs affirmé Me Liénard.

L'opposition socialiste a souligné jeudi les liens étroits entre Nicolas Sarkozy et plusieurs personnes mises en cause dans l'enquête sur l'attentat anti-français commis en 2002 à Karachi au Pakistan. Harlem Désir, premier secrétaire par intérim du Parti socialiste, a estimé jeudi que les mises en examen de Thierry Gaubert et Nicolas Bazire étaient "la marque d'une inacceptable déliquescence morale du clan au pouvoir"


EUROPE 1 / BERNARD CAZENEUVE / RAPPORTEUR DE LA MISSION PARLEMENTAIRE SUR L'ATTENTAT DE KARACHI

Le monde, Samuel Laurent
"L'Elysée est sorti du silence dans l'affaire de Karachi. Un communiqué urgent a été publié, jeudi 22 septembre, par la présidence, pour démentir tout lien entre cette affaire et Nicolas Sarkozy, dont deux très proches, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, sont entendus par la justice.

Mais ce que ce communiqué affirme est en grande partie infirmé par des pièces du dossier ou des révélations de presse. Revue de détail.

"M. Sarkozy n'a jamais dirigé la campagne de M. Balladur."

Effectivement, Nicolas Sarkozy n'a pas dirigé cette campagne. C'est Nicolas Bazire qui occupait ce poste. M. Sarkozy, alors ministre du budget et de la communication, était porte-parole.

"Il n'a jamais exercé la moindre responsabilité dans le financement de cette campagne. Il en était le porte-parole."

La deuxième affirmation est plus discutable. L'actuel chef de l'Etat n'était pas seulement le porte-parole. Il jouait un rôle de premier plan dans cette campagne, comme nous l'avions montré en novembre 2010. Avec Nicolas Bazire, il était le conseiller politique le plus écouté du candidat Balladur. Le journal Les Echos écrivait à l'époque : "Depuis qu'il s'est déclaré candidat, Edouard Balladur réunit chaque semaine un comité politique. Quatre hommes y siègent systématiquement : Nicolas Sarkozy, Charles Pasqua, François Léotard et François Bayrou."

"S'agissant de l'affaire dite de 'Karachi', le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier."

Cette affirmation est factuellement fausse. Le site Mediapart a publié un article montrant (lien payant), pièces à l'appui, que le nom de Nicolas Sarkozy apparaît bel et bien dans la procédure judiciaire en cours. 

En tant que ministre du budget, il a autorisé la création de Heine, une société écran luxembourgeoise dont le rôle était de faire transiter les commissions sur les ventes de sous-marins et de frégates au Pakistan et à l'Arabie saoudite. Il est donc déjà cité à ce titre, notamment par un rapport de la police luxembourgoise, qui précise que "les accords sur la création (de Heine) semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et M. le ministre des finances Nicolas Sarkozy".

Ces commissions, versées notamment à Ziad Takieddine, sont soupçonnées d'avoir donné lieu à des rétrocommissions, un retour d'une partie de l'argent en France, où il aurait financé la campagne de M. Balladur. M. Takieddine est, de plus, un proche de l'entourage du chef de l'Etat, et a été reçu à l'Elysée depuis 2007.

Enfin, comme le relève sur Twitter le journaliste de Mediapart Fabrice Arfi, l'un des enquêteurs dans cette affaire, il est étrange que l'Elysée et Nicolas Sarkozy, qui ne sont pas parties civiles et n'ont donc en principe pas accès au dossier judiciaire, sachent ce qu'il contient.

Interrogé sur cette question par Arnaud Leparmentier, du Monde, l'Elysée se contente d'un laconique : "on lit l'AFP". Visiblement agacé, l'entourage présidentiel évoque : "la théorie de l'amalgame, on connait. C'est des vieilles méthodes trotskistes". Et accuse : "on ne va pas se faire donner des leçons par des gens mis en cause dans l'affaire Dsk ou du sang contaminé". Allusions transparentes à François Hollande et Laurent Fabius.

"Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier. Il y est donc totalement étranger."

Là encore, l'affirmation est fausse. Nicolas Sarkozy a été cité à plusieurs reprises dans l'affaire. Notamment car il a fait l'objet, comme d'autres dirigeants de la majorité, de lettres de chantage adressées par un ancien dirigeant de Heine, Jean-Marie Boivin. Celui-ci aurait cherché à obtenir des compensations financières, au moyen de missives menaçant de "faire des révélations".

Un dirigeant de la Direction des constructions navales (DCN), M. Menayas, a témoigné devant le juge Van Ruymbeke que M. Boivin "envoyait des courriers d'abord à l'entreprise, puis à des responsables de l'Etat français, voire à M. Sarkozy lui-même avant qu'il ne soit président". Il réclamait huit millions d'euros.

M. Boivin aurait, selon le témoignage de M. Menayas, reçu, en 2006, la visite d'agents de la DGSE, les services de renseignement français. Ces hommes, qui l'auraient menacé physiquement, auraient été envoyés par l'actuel chef de l'Etat, aurait affirmé M. Boivin à M. Menayas.

"D'autant plus qu'à l'époque où il était ministre du budget, il avait manifesté son hostilité à ce contrat comme cela apparaît dans les pièces de la procédure."

Cet élément fait référence à un article du Figaro, paru le 30 novembre 2010. Il expliquait, citant "le compte rendu d'une réunion ministérielle tenue le 29 juin 1994, classé secret défense", que des fonctionnaires du budget, que dirigeait M. Sarkozy - mais non le ministre de l'époque lui-même - avaient exprimé leurs réticences à la signature de ces contrats.

Autre question : ce communiqué s'éloigne quelque peu d'une autre déclaration de Nicolas Sarkozy devant des journalistes, en juin dernier. Comme l'avait rapporté le correspondant du Monde auprès de l'Elysée, M. Sarkozy avait alors expliqué : "J'ai jamais été ministre de la Défense, je suis pas au courant des contrats de sous-marins négociés à l'époque avec un président qui s'appelle M. Mitterrand, (...) en tant que ministre du Budget, je n'ai jamais eu à en connaître ni de près ni de loin." Comment M. Sarkozy a-t-il pu "manifester son hostilité" à un contrat qu'il n'a, selon lui, '"jamais eu à connaître de près ou de loin" ?

Quoi qu'il en soit, il apparaît bel et bien que, hostile ou non à ce contrat, M. Sarkozy a autorisé, en tant que ministre du budget, la création de Heine. Et, encore une fois, il paraît étonnant que l'Elysée se targue de savoir ce qui apparaît ou non dans les pièces de procédures, auxquelles il n'a normalement pas accès."

BFM TV / MORANO DEFEND SARKOZY

Fabrice Arfi, Mediapart
"Au lendemain de la mise en cause par le juge Renaud Van Ruymbeke de deux intimes de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Takieddine/Karachi, l'Elysée a publié, ce jeudi, un communiqué pour tenter d'éloigner l'incendie judiciaire qui menace aujourd'hui la présidence de la République.

« S'agissant de l'affaire dite de “Karachi”, le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier. Il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier », affirment les services de la présidence.
Ces deux petites phrases posent un double problème.

Primo, dans une République où la Constitution garantit la séparation des pouvoirs — notamment politique et judiciaire —, comment l'Elysée peut, de manière aussi péremptoire, assurer que « le nom du chef de l'Etat n'apparaît dans aucun des éléments du dossier » ou qu' « il n'a été cité par aucun témoin ou acteur de ce dossier » ? Nicolas Sarkozy n'est ni mis en examen ni partie civile dans cette affaire ; en théorie, il n'a donc pas accès à la procédure. 

Secundo, ce que l'Elysée assure, de manière aussi péremptoire, est un mensonge. Oui, Nicolas Sarkozy est désigné par plusieurs témoins et plusieurs documents dans le dossier du juge Van Ruymbeke.

Comme nous l'avons rapporté avec mon confrère Karl Laske dans un article publié hier, un document, saisi par la police française en 2007 au siège de la Direction des constructions navales (DCN), puis par la police luxembourgeoise en 2009 au siège d'une fiduciaire, fait mention en toutes lettres de la participation fin 1994 de Nicolas Sarkozy dans la constitution, au Luxembourg, d'une société écran dela DCN, baptisée Heine, par laquelle ont transité les commissions occultes de l'une des ventes d'armes aujourd'hui dans le viseur des juges. Nicolas Sarkozy était alors le ministre du budget du gouvernement Balladur.


Dans un rapport de synthèse du 19 janvier 2010, la police luxembourgeoise écrira d'ailleurs : « Un document (...) fait état de l'historique et du fonctionnement des sociétés Heine et Eurolux (société jumelle de Heine, NDLR). Selon ce document, les accords sur la création des sociétés semblaient venir directement de M. le Premier ministre Balladur et de M. le ministre des Finances Nicolas Sarkozy.»

Un projet de lettre de François Léotard, alors ministre de la défense, dont Mediapart avait déjà fait état, laisse ensuite apparaître que Nicolas Sarkozy a bien été associé, toujours en tant que ministre du budget, aux arrières-plans financiers des marchés d'armement en cause. 


Plusieurs témoins, entendus ces derniers mois par la police ou par les juges, ont également évoqué le rôle crucial du ministre du budget dans la validation des plans de financement des marchés d'armement, lesquels comprennent les versements des commissions — fussent-elles occultes. 

Ancien directeur financier de la DCN-I, branche commerciale de la DCN, Gérard-Philippe Menayas a ainsi déclaré en novembre 2009 dans le cabinet du juge Trévidic (en charge du volet criminel de l'affaire Karachi) : « Je précise qu'un plan de financement d'un contrat comme le contrat Agosta comportait toutes les données, y compris les frais commerciaux (euphémisme qui désigne les commissions occultes, Ndlr). Or, ce plan de financement était soumis aux autorités de tutelle, c'est-à-dire au ministre de la défense lui-même, au ministre du budget et à la Coface qui garantissait. De ce fait, des exigences hors-normes (les commissions suspectes, Ndlr) avaient toutes les chances d'être refusées. Il y a eu quelques remarques dont je ne me souviens plus, mais c'est passé ».  

Un an plus tard, devant le juge Renaud Van Ruymbeke cette fois, le même témoin a assuré que « le volume total des commissions était validé, contrat par contrat, par les deux ministres du budget et de la défense ». Celui du budget s'appelait, entre 1993 et 1995, Nicolas Sarkozy. 
Entendu le 7 décembre 2010 par le magistrat, l'ancien patron de la Direction générale des services extérieurs (DGSE, les services secrets) entre 1993 et 2000, Jacque Dewatre, a affirmé sans détour : « L'agrément pour les commissions relève d'autres services qui dépendent du ministre de la défense et du ministre du budget ». 

Entendu pour sa part le 6 juillet dernier, l'ancien commissaire du gouvernement des sociétés d'exportation d'armement, Philippe Bros, a lui aussi pointé le rôle de Bercy dans sa déposition : « Pour ce type de contrat, le rôle du ministère des finances est important, notamment pour le bouclage des financements. Un bureau spécialisé donnait son feu vert pour le versement des commissions ». Et de quel ministre dépendait ce fameux bureau ? Celui du budget. Un certain Nicolas Sarkozy à l'époque des faits.  

Des liasses fiscales archivées à la direction générale des impôts, déjà publiées par Mediapart, prouvent bien que le ministère du budget fut en première ligne dans le versement des commissions. 

Dans son communiqué de presse, l'Elysée tente par un habile élément de langage de tenir l'enquête des juges à bonne distance du président de la République en affirmant enfin que celui-ci y est « totalement étranger ». Pour preuve : « A l'époque où il était ministre du budget, (Nicolas Sarkozy) avait manifesté son hostilité à ce contrat (celui des sous-marins pakistanais, NDLR) ».

L'argument, grossier, avait déjà été développé par Le Figaro. L'Elysée aujourd'hui, comme Le Figaro hier, feignent de ne pas faire de différence entre les services d'un ministère, qui étaient en effet contre ce contrat catastrophique d'un point de vue industriel et financier — sous la gauche, les services de Bercy y étaient déjà opposés —, et le ministre lui-même, Nicolas Sarkozy, qui l'a validé."

Les documents takieddine, en libre-accès : http://www.frenchleaks.fr/-Les-documents-Takieddine-.html

BFM TV / BALLADUR POURRAIT ETRE INQUIÉTÉ

4 / LES RÉACTIONS SUR LES BLOGS

Bembelly
"...L'affaire Karachi ? Un truc très facile à expliquer avec un dessin...

Intox2007

"...La presse l’observe avec étonnement: Ce sont les témoignages des épouses repectives des deux hommes qui ont permis l’accélération récente de l’enquête. La révolte des femmes! Elles ont décidé de donner un coup de balai, sans doute après quelques épisodes de mépris ou font là – au bout d’un certain temps – d’un sens moral et éthique supérieur à celui des mâles.

Et que dire, de Sarkozy qui nous promettait une république exemplaire pendant sa campagne.. On a vu le résultat."



EN BONUS :

Arretsurimages
"Attention, sujet sensible. Selon nos informations, hier soir, TF1 devait diffuser une enquête de plus de 3 minutes, réalisée par Laure Debreuil et Tristan Waleckx, sur le financement de la campagne d'Edouard Balladur en 1995, après la mise en cause de deux proches de Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire et Thierry Gaubert, tous deux mis en examen. Le sujet a finalement été diffusé en ouverture du 20 heures de ce jeudi 22 septembre..."

mercredi 21 septembre 2011

[revue de presse] - [106] - [19-21 septembre 2011] - [Garde à vue de Nicolas Bazire]

Lemonde.fr
"L'enquête du juge Renaud Van Ruymbeke sur le financement de la campagne présidentielle de 1995 s'est accélérée mercredi 21 septembre avec le défèrement d'un ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy, Thierry Gaubert, et le placement en garde à vue d'un autre proche du chef de l'Etat, Nicolas Bazire.
Ancien directeur de cabinet d'Edouard Balladur, M. Bazire, qui fut également le directeur de la campagne présidentielle de l'ex-premier ministre, a été interpellé mercredi matin à Paris et placé en garde à vue, a-t-on indiqué de source proche de l'enquête, confirmant une information du site du Journal du dimanche.


Il doit être entendu sur le versement de rétrocommissions présumées en marge de contrats de ventes d'armes au Pakistan et en Arabie Saoudite, dans les années 1990. Son domicile et ses locaux professionnels font l'objet d'une perquisition par les enquêteurs de la Division nationale des investigations financières (Dnif), a-t-on indiqué de source proche du dossier.

Proche de M. Balladur, M. Bazire est également un proche de M. Sarkozy et travaille désormais pour le groupe LVMH de Bernard Arnault.

Dans ses éditions du 1er et du 9 juillet, Le Monde indiquait que plusieurs témoins avaient désigné Nicolas Bazire comme l'homme au cœur du dispositif. Certains ont décrit aux enquêteurs avec force détails le coffre-fort de son bureau au QG de campagne, souvent empli de liasses de billets. Ainsi Raymond Huard, affecté à la trésorerie, a-t-il assuré que de "grosses sommes arrivaient dans le coffre de Nicolas Bazire".

Francis Lamy, conseiller d'Etat désigné par M. Balladur – dont il est un proche parent – pour répondre aux questions insistantes du Conseil constitutionnel quand il a examiné les comptes de campagne, a également pointé le rôle prééminent joué par M. Bazire. M. Lamy avait expliqué aux rapporteurs du Conseil constitutionnel, en 1995, qu'une somme de plus de 13 millions de francs versée en liquide sur les comptes de campagne provenait de la vente de gadgets lors des meetings, version jugée fantaisiste par les enquêteurs. "Je suis pratiquement certain que c'est M. Bazire qui m'a donné ces explications", a déclaré M. Lamy à plusieurs reprises.

Parallèlement, Thierry Gaubert, ancien collaborateur de M. Sarkozy à la mairie de Neuilly et au ministère du budget, devait être déféré dans la journée devant le juge van Ruymbeke, après avoir passé 48 heures en garde à vue, a-t-on indiqué de source judiciaire.

Les enquêteurs s'intéressent aux liens éventuels de MM. Gaubert et Bazire avec l'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine, présenté comme intermédiaire dans deux contrats d'armement sur lesquels enquêtent les juges Van Ruymbeke et Roger Le Loire.

Les juges cherchent à savoir si les commissions versées sur ces contrats ont pu alimenter la campagne présidentielle de M. Balladur en 1995. Selon un témoignage révélé par Mediapart et Le Nouvel Observateur, la princesse Hélène de Yougoslavie, qui a vécu un divorce difficile avec Thierry Gaubert, a expliqué aux enquêteurs que son ex-mari avait accompagné M. Takieddine en Suisse pour aller chercher des valises "volumineuses de billets" durant la période 1994-95. Selon elle, l'homme qui récupérait les "mallettes" en France était M. Bazire.

Ces nouveaux développements interviennent alors que Ziad Takieddine a été mis en examen pour "complicité et recel d'abus de biens sociaux" la semaine passée par le juge van Ruymbeke. L'homme d'affaires franco-libanais est présenté par plusieurs témoins cités au dossier comme un intermédiaire imposé par le cabinet de l'ancien ministre balladurien de la défense, François Léotard, peu de temps avant la conclusion en 1994 au Pakistan d'un contrat de vente de sous-marins."


flash back : 1995 (LES NICOLAS PARTENT EN CAMPAGNE), via INA et Rue 89


Le nouvel obs, Serge Raffy

"La princesse Hélène de Yougoslavie, descendante du roi d’Italie, Umberto II, entre en fanfare dans le dossier Karachi. Entendue à la fin de l’été par les policiers de la DNIF (Direction Nationale des Investigations Financières), elle avait révélé aux enquêteurs que son ex-mari, Thierry Gaubert, ami intime de Nicolas Sarkozy avait accompagné, en Suisse, l’intermédiaire libanais Ziad Takieddine, pour aller chercher des valises "volumineuses de billets", durant la période 94-95. Il doit être déféré devant le juge mercredi 21 septembre.
Elle avait ajouté que l’homme qui récupérait les "mallettes" en France était Nicolas Bazire. Alors directeur de cabinet du Premier ministre de l'époque Edouard Balladur, il vient d'être placé en garde à vue. Ce témoignage a fait l’effet d’une bombe et méritait de plus amples investigations avant que ce témoin-clé de l’enquête sur l’attentat de Karachi ne soit entendu par le juge Van Ruymbeke.
Actuellement auditionnée par le magistrat instructeur au pôle financier du tribunal de Paris, boulevard des Italiens, Hélène de Yougoslavie, habituée des magazines people, comme "Point de vue", a vécu un divorce tumultueux avec Thierry Gaubert, il y a trois ans. Depuis, elle s’est lancée dans l’activité photographique. Son témoignage est un véritable pavé jeté dans le milieu des très proches collaborateurs de Nicolas Sarkozy.

Thierry Gaubert est en effet un ami de 30 ans du Président de la République. Il fut son directeur de la communication à la mairie de Neuilly, puis son chargé de mission au ministère du Budget. Emporté par une affaire de détournements de fonds dans les Hauts de Seine à la fin des années 90, il avait disparu des écrans et travaillait à la Caisse d’Epargne, mais s’était éloigné de la politique, pour ne pas gêner l’ascension de son ami.

Le retour sur le devant de la scène de Thierry Gaubert, connu aussi pour ses amitiés israéliennes, pourrait bien provoquer une suite d’auditions de plusieurs personnalités politiques qui ont eu des relations très amicales avec le sulfureux Ziad Takieddine, comme Claude Guéant, Jean-François Copé, François Léotard, ou Brice Hortefeux.
Nicolas Bazire, impliqué par la princesse de Yougoslavie dans la "valse des mallettes" et dont le nom avait circulé à plusieurs reprises dans l’affaire de Karachi, est un des conseillers les plus proches du Président de la République. Il fut son témoin de mariage avec Carla Bruni.
(Lire l'intégralité du dossier "Les dossiers qui font peur à Sarkozy" dans Le Nouvel Observateur du 22 septembre 2011. Par Serge Raffy, Stéphane Arteta, Olivier Toscer, Marie-France Etchegoin et Odile Benyahia-Kouider).



Public Senat
Magali Drouet est l’une des filles de victime de l’attentat de Karachi. Avec Sandrine Leclerc, elle est  l’auteur de On nous appelle les Karachi (ed. Fleuve noir). « Sarkozy nous doit la vérité. Vu les circonstances, j’ai des doutes », lance-t-elle, après les gardes à vue de deux proches du Président, Nicolas Bazire, et Thierry Gaubert. Entretien.

Nicolas Bazire, ex-directeur de campagne de Balladur et proche de Nicolas Sarkozy, a été mis en examen, comme Thierry Gaubert, ancien collaborateur du chef de l’Etat. Quelle est votre réaction ?
On est satisfait que les juges d’instruction puissent faire leur travail. La satisfaction ne vient pas du fait qu’il s’agisse de proches de Nicolas Sarkozy. Si c’était mon voisin jardinier, ce serait la même chose. Nous sommes soulagés que la justice puisse passer et que l’instruction avance.

Vous aviez eu des doutes, à un moment, que l’enquête puisse avancer ? 
Quand on voit toutes les affaires politico-financières ces dernières années oui, on était en droit de se poser la question si les juges d’instruction allaient faire le travail. On s’est rendu compte qu’il y a eu beaucoup d’entraves. Mais ça n’empêche pas les juges Van Ruymbeke et Le Loire de faire avancer le dossier. C’est rassurant.

Selon un témoignage révélé par Mediapart et Le Nouvel Obs, la princesse Hélène de Yougoslavie, divorcée de Thierry Gaubert, a expliqué aux enquêteurs que son ex-mari avait accompagné Ziad Takkiedine en Suisse pour aller chercher des valises « volumineuses de billets » durant la période 94-95. Selon cette femme, c’est Nicolas Bazire qui récupérait ces valises en France. Un témoignage à prendre au sérieux selon vous ?
Je ne savais pas que cette info était sortie ! Ces bonshommes vont se faire avoir par leur divorce ! Il y a un témoignage sous X dans le dossier du juge d’instruction de Van Ruymbeke. C’est peut-être elle, mais je ne sais pas du tout. Une personne disait que Thierry Gaubert était allé en Suisse chercher des valises, accompagné de Takkiedine, et les remettait à Nicolas Bazire. Ça corrobore, c’est crédible. Ça va dans le sens du dossier. Au début, on nous disait que c’était une fable, qu’Edouard Balladur n’était pas au courant. Aujourd’hui, s’il y a des mises en examen et des gardes à vue, c’est qu’il y a des éléments graves dans le dossier. La fable tombe. C’est de plus en plus concret. Ça met à jour un système de corruption énorme du système politique français. Si c’était vraiment rentré dans les mœurs, c’est grave. Je viens de finir la République des malettes (de Pierre Péan, ndlr), je n’arrive même plus à être surprise.

Que demandez-vous à Nicolas Sarkozy ?
Jacques Chirac avait dit en 2002 que l’Etat français ferait tout pour qu’on sache la vérité. Nicolas Sarkozy aussi nous doit la vérité. Vu les circonstances, j’ai des doutes qu’il nous la donne. Vu que nous ne sommes que de « trucs comme ça», comme il avait dit en réponse à un journaliste à Bruxelles, on ne va pas l’importuner… Mais rendez-vous dans quelques années. On verra qui est le « truc ». La justice fait son travail, l’essentiel est là.


Jegoun.net
"...Au début, quand j’évoquais cette affaire, il fallait que je l’explique entièrement. Maintenant, tout le monde est au courant. Je vais faire vite, avec un conditionnel pour faire joli. Il semblerait que le financement de la campagne de Monsieur Balladur en 1995 ait été assuré par des valises de billets en provenance de l’étranger en remerciement de commissions versées pour l’achat de frégates. L’arrêt du versement des commissions, décidé par Jacques Chirac et Dominique de Villepin, aurait provoqué, en représailles, l’attentat de Karachi qui a fait une quinzaine de morts. Nicolas Sarkozy était alors dans l’équipe de campagne d’Edouard Balladur et ministre du budget.

A l’heure où je vous cause, j’imagine la panique dans les états-majors des différents groupes qui soutiennent le Président de la République. L’étau se resserre : même si Nicolas Sarkozy n’est pas impliqué dans cette histoire, on voit mal comment il pourrait ne pas être éclaboussé.

MM. Juppé et Villepin, par contre, ont été surpris par mon raton laveur en train de sourire. Alain Juppé a été empêché de conquête de l’UMP à cause de ses déboires judiciaires. C’est Nicolas Sarkozy qui a eu le poste. Dominique de Villepin, quant à lui, a vu sa carrière présidentielle promise arrêtée à cause de ses déboires judiciaires.

Jacques Chirac a eu la bonne surprise de voir les procureurs défendre sa relaxe provoquant la colère des parties civiles et de leur avocats mettant en cause l’indépendance de la justice (ce qui énerve Marco).

Ce qui va motiver la justice à faire preuve de son indépendance avec Nicolas Bazire, ce qui ne va pas nécessairement aller dans le sens des intérêts de nos dirigeants préférés.

Qui sera le candidat de l'UMP en 2012 ? Ils vont organiser des primaires ?"

dimanche 18 septembre 2011

[revue de presse] - [105] - [1er aout - 18 septembre 2011]

 
France info 15.09.2011

"L’homme d’affaires libanais Ziad Takieddine, intermédiaire présumé dans la vente de sous-marins par la France au Pakistan en 1994, a été mis en examen par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke, chargé du volet financier de l’affaire Karachi. En mai 2002, un attentat à Karachi au Pakistan a fait 15 morts dont 11 Français travaillant pour la Direction des constructions navales (DCN). La justice étudie l’hypothèse selon laquelle l’attentat pourrait être lié à l’arrêt du versement de commissions sur des contrats d’armements.

Le milliardaire Ziad Takieddine a été mis en examen pour abus de biens sociaux. Cet intermédiaire dans des contrats d’armement a été placé sous contrôle judiciaire “classique”, une interdiction de quitter le territoire et d’entrer en contact avec les autres protagonistes de l’affaire, a ajouté Ludovic Landivaux, son avocat. 

Ziad Takieddine a été interrogé par le juge d’instruction Renaud Van Ruymbeke dans une affaire visant un supposé financement de la campagne présidentielle de 1995 du candidat de droite Edouard Balladur par des commissions frauduleuses en marge d’un marché de livraison de sous-marins au Pakistan.

Ziad Takieddine est au centre de deux importants contrats d’armement des années 1990, la vente de sous-marins au Pakistan en 1994 et un marché de frégates avec l’Arabie saoudite à la même époque.

Une mission d’information parlementaire et des éléments des procédures judiciaires publiées dans la presse ont désigné Ziad Takieddine comme l’intermédiaire par lequel sont passés 33 millions d’euros de commissions occultes dans le contrat des sous-marins au Pakistan et 200 millions en marge du contrat saoudien.

Selon le site Mediapart, le juge dispose d’un témoignage mettant en cause l’homme d’affaires, ainsi que Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy et Nicolas Bazire, ex-directeur de cabinet d’Edouard Balladur à Matignon. Selon ce témoin, Thierry Gaubert a accompagné à plusieurs reprises Ziad Takieddine dans une banque suisse pour y retirer des fonds, remis à Paris à Nicolas Bazire, directeur de campagne d’Edouard Balladur en 1995. Nicolas Sarkozy était porte-parole de cette campagne.



Nouvelobs
[...] "J'affirme que je n'ai joué aucun rôle dans la conclusion de l'affaire Agosta. C'est un point essentiel", a-t-il dit au juge. Des responsables de la Direction des constructions navales (DCN) ont affirmé que M. Takieddine avait été imposé comme intermédiaire par le ministère de la Défense, à l'époque dirigé par François Léotard.

En revanche, M. Takieddine s'est montré plus prolixe sur les contrats Sawari II et Miksa, respectivement vente de frégates et de matériel de surveillance des frontières à l'Arabie saoudite.

Devant le juge, il a déclaré avoir "joué un rôle dans la reprise des relations entre la France et l'Arabie saoudite" en 1993. Trois ans plus tard, les relations entre les deux pays se tendent lors de la première visite officielle du président Jacques Chirac. Ce dernier a "accusé l'Arabie saoudite d'avoir, à travers le contrat Sawari II, financé par les Frais commerciaux extérieurs (FCE, nom pudique des commissions) la campagne de son ami de trente ans, devenu son ennemi, Edouard Balladur", selon M. Takieddine.

En 1995, Jacques Chirac a demandé de cesser le versement de commissions liées à des contrats d'armements en raison de soupçons de rétro-commissions, avait expliqué l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin en novembre dernier. Ces rétro-commissions auraient pu alimenter la campagne présidentielle de l'ancien Premier ministre Edouard Balladur, ce dont ce dernier s'est fermement défendu.

La justice considère que l'arrêt de ces commissions pourrait être une cause possible de l'attentat de Karachi, qui a coûté la vie à 15 personnes dont 11 Français travaillant sur la construction de ces sous-marins en mai 2002.

Concernant le contrat Sawari II, Ziad Takieddine explique être alors allé voir Rafic Hariri, l'ancien Premier ministre libanais, assassiné en 2005, pour lui demander d'intervenir auprès de M. Chirac, dont il était proche, pour débloquer le contrat.

M. Hariri aurait, affirme M. Takieddine, payé une partie des commissions bloquées. "Le contrat Sawari II n'a pas été changé. Il a été entièrement payé tel que signé. Je me demande en conséquence ce qu'est devenue la part des FCE qui a été 'arrêtée' et quelle destination autre elle a prise", a-t-il déclaré au juge.

Evoquant le contrat Miksa, dont la signature était prévue en février 2004, M. Takieddine affirme que le président Jacques Chirac a interdit à son ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, de signer le contrat avant d'évoquer deux réunions préparatoires avec Claude Guéant, directeur de cabinet de M. Sarkozy, et Brice Hortefeux, alors conseiller du ministre, en Arabie saoudite en octobre et novembre 2003.

L'Elysée voulait imposer une société de commercialisation de matériel militaire, la Sofresa, alors que l'Intérieur en avait une autre, Civipol.

Lorsque Dominique de Villepin a remplacé Nicolas Sarkozy place Beauvau, "l'affaire Miksa a été gelée", selon M. Takieddine. Les négociations ont repris en 2006, a-t-il ajouté.

Il précise avoir été contacté par un intermédiaire, Alexandre Djouhri, pour renouer le fil avec les Saoudiens, à la demande de Jacques Chirac. Evoquant un dîner à Genève avec M. Djouhri, ce dernier "a appelé Jacques (Chirac) et Maurice (Gourdault-Montagne, conseiller du président). Il a dit à Jacques qu'il était avec 'Zorro' et que les choses avançaient avec pas mal de difficultés", a poursuivi M. Takieddine.

L'homme d'affaires franco-libanais a dit au juge s'être "senti piégé par l'Elysée" sur cet important contrat qui n'a jamais été conclu entre les deux pays. AP



BFM TV :

Edwy Plenel / Mediapart 17.08.2011
Les documents Takieddine, dont Mediapart a commencé la publication le 10 juillet, dévoilent la vérité de la présidence de Nicolas Sarkozy. Et cette vérité est sale. Ayant pour fil conducteur l’argent noir des ventes d’armes, cette documentation sans précédent dans l’histoire de la République met à nu un système dont l’intérêt financier est le seul mobile, au détriment des lois en vigueur et de la morale publique.

Ces pratiques ou ces tentations ont toujours existé, et les affaires politico-financières qui ont terni les présidences de François Mitterrand et de Jacques Chirac en témoignent abondamment. Mais jamais elles n’avaient été installées avec tant d’ampleur au cœur du pouvoir comme le démontrent nos révélations qui attestent la place centrale occupée par Ziad Takieddine dans le dispositif sarkozyste. Jamais elles ne s’étaient étendues à ce point jusqu’à contaminer le sommet de l’État, ses règles fonctionnelles et ses usages administratifs. Telle est la révélation des documents Takieddine : la promotion de la corruption au cœur du pouvoir exécutif.

N’ayant d’autres compétences que son rôle d’intermédiaire auprès de régimes autoritaires ou dictatoriaux qui échangent des marchés juteux contre une reconnaissance diplomatique, Mr Takieddine n’a jamais cessé d’appartenir au premier cercle qui entoure Nicolas Sarkozy depuis qu’il fit ses premières armes, en 1994-1995, sur les contrats pakistanais qui sont au cœur de l’affaire Karachi. Ce Franco-Libanais n’est pas un simple intermédiaire, mais un conseiller occulte. Il fait des notes confidentielles, conçoit la stratégie secrète, participe aux réunions dans les palais de la République, donne son avis politique, transmet ses recommandations diplomatiques, prépare les rencontres avec des chefs d’État étrangers, organise les voyages préalables, s’occupe des contacts préliminaires, traduit de l’arabe les documents ou les conversations les plus sensibles, transmet officieusement des messages officiels, etc.

Depuis le retour, en 2002, de Nicolas Sarkozy sur la scène politique nationale, cet activisme militant d’un intermédiaire en vente d’armes ne s’est jamais démenti. Via le principal collaborateur administratif de Mr Sarkozy, le préfet Claude Guéant – aujourd’hui devenu ministre de l’Intérieur après avoir été son irremplaçable directeur de cabinet comme ministre puis le Secrétaire général de l’Élysée –, Mr Takieddine n’a cessé d’occuper ce rôle clé dans la sarkozie, aussi bien auprès du ministre de l’intérieur avant 2007 qu’auprès du président de la République depuis 2007. Après le Pakistan de ses débuts, son champ d’action a notamment concerné l’Arabie saoudite, puis la Libye, mais aussi la Syrie et le Liban, son pays d’origine.

Dans chaque cas, il s’est agi de promouvoir une politique extérieure de la France complaisante sinon complice avec des régimes non-démocratiques, aujourd’hui ébranlés par le vent de liberté du 89 arabe, et notamment les pires d’entre eux, les dictatures libyenne et syrienne. Mais surtout, dans chaque cas, il s’est agi d’en profiter pour obtenir ou tenter d’obtenir des contrats sur des ventes d’armes ou sur des achats de pétrole – ce que démontreront nos prochains épisodes syrien et libyen – au détour desquels l’enrichissement notable de Mr Takieddine était garanti par des commissions dont les destinations finales se perdent dans des paradis fiscaux.

Contrairement à ce qu’on avait pu croire avec les révélations constantes de Mediapart, depuis 2008, sur l’affaire Karachi qui ont amené la justice à enquêter sur son volet financier, Mr Takieddine n’est donc pas l’homme d’une seule affaire : cette vente de sous-marins au Pakistan dans laquelle il fut imposé en 1994 comme intermédiaire par le gouvernement Balladur dans la perspective du financement de sa campagne électorale de 1995, avec un circuit de commissions passant par une société écran dont la création fut supervisée par le ministre du budget de l’époque, Nicolas Sarkozy. Il fut en vérité l’homme de toutes les opérations similaires tentées depuis 2002 par le premier cercle de l’actuel chef de l’État dont les documents en notre possession prouvent qu’elles avaient la même finalité : assurer des financements occultes en vue d’une conquête durable du pouvoir suprême qui serait la garantie d’une protection et d’une poursuite de ces pratiques illicites

Le fil noir de l’aventure Sarkozy

Les documents déjà révélés par Mediapart à propos de l’Arabie saoudite et de la Libye le confirment. En 2003, alors que Nicolas Sarkozy est ministre de l’intérieur, Ziad Takieddine a failli toucher 350 millions d’euros de commissions occultes dans le cadre d’un marché d’armement avec l’Arabie saoudite. Interrompue sur intervention de Jacques Chirac, alors président de la République, cette négociation était secrètement conçue par celui que Ziad Takieddine nomme alors « le patron » et dont il n’était que l’exécutant : Nicolas Sarkozy. Le montage prévu afin de cacher les circuits financiers occultes passait par « les décisions suivantes du patron », écrit Mr Takieddine : la création d’une « nouvelle structure complètement dépendante de son ministère » qui, en assurant « le rôle de Conseil du Projet », « sera capable de couvrir le sujet “sensible” par le biais de ses honoraires ».

Ce sujet sensible n’est autre que le versement de commissions pour lesquelles un échéancier avait été prévu par Ziad Takieddine sur le même modèle que celui déjà utilisé en 1994 pour un contrat de ventes de frégates militaires à l’Arabie saoudite. Ce précédent contrat avait été validé par le ministre du budget de l’époque qui n’était autre que Nicolas Sarkozy. Mr Takieddine finira par toucher 91 millions d’euros de commissions sur ce marché. S’agissant de la tentative avortée de 2003, on retrouve donc les mêmes personnages, le même ministre, passé du budget à l’intérieur, et le même intermédiaire professionnel, sinon personnel.

Les notes Takieddine qui détaillent le montage financier prévu sont destinées à l’entourage direct de Nicolas Sarkozy, essentiellement son conseiller Brice Hortefeux, devenu ensuite ministre délégué aux collectivités locales, et son directeur de cabinet, le préfet Claude Guéant. Elles évoquent, dans un euphémisme transparent, lettre capitale comprise, « le Système voulu ». Elles mentionnent une « couverture/parapluie sur place » qui serait « indispensable pour permettre une “assurance” de résultat ». Enfin et surtout, elles mentionnent une « Banque d’Affaires du P. » dont le rôle financier paraît décisif : « Il sera utile lors de la prochaine visite de préparation ultime de confirmer la signature avec la Société, représentée par la Banque d’Affaires du P., du contrat en votre possession suivant le schéma approuvé », écrit ainsi Mr Takieddine aux collaborateurs directs de Mr Sarkozy, le 23 octobre 2003.

Les mêmes enjeux financiers occultes sont présents dans le dossier libyen, tel que le dévoilent les documents Takieddine. Ce dernier fut l’instrument direct du rapprochement privilégié avec Mouammar Kadhafi, entrepris dès 2005 par Nicolas Sarkozy via son bras droit, Claude Guéant. L’incongruité de la réception fastueuse du dictateur à Paris fin 2007, à l’invitation personnelle du président de la République nouvellement élu, trouve ici son fin mot : après la libération des infirmières bulgares, marché symbolique qui masquait les marchés financiers, c’était en quelque sorte une bonne manière faite à un partenaire en affaires.

Entravée de nouveau par la cohabitation conflictuelle avec Jacques Chirac, cette offensive libyenne aboutira à au moins un contrat d’armement : la livraison au régime libyen de matériel de guerre électronique offrant « une solution inviolable au système d’espionnage anglo-américain ». Mr Takieddine touchera 4,5 millions d’euros de commissions sur ce marché. Auparavant, il aura cornaqué, dans leurs déplacements discrets en Libye, MMrs Hortefeux et Guéant, préparant leurs voyages et leur donnant des recommandations précises.

Des guillemets aussi symboliques qu’énigmatiques accompagnent la mention dans ses notes de l’enjeu « commercial » de ces visites de deux représentants personnels de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur : « Le “contenu”, ainsi formulé, prendra en compte les sensibilités du pays, créant ainsi un “partenariat” qui permettra la réalisation de l’objectif commercial. (…) Il est indispensable que le volet “commercial” de la visite ne soit pas mis en avant par les préparatifs officiels. Seulement comme un point important dans le cadre des “échanges” entre les deux pays dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. » Ainsi donc la valse des millions qui, pour Ziad Takieddine, avait commencé, en 1994, avec les commissions sur la vente de sous-marins au Pakistan – il est soupçonné d’avoir touché sur ce contrat l’équivalent de 33 millions d’euros – n’a cessé de continuer après le retour au gouvernement en 2002 de Nicolas Sarkozy, ce « patron » du marchand d’armes qui allait devenir, en 2007, président de la République française.

Plus de 5 000 documents incontestables

L’affaire Karachi est au cœur d’une histoire passée : le financement occulte en 1995 de la campagne d’Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était le plus ferme soutien et qui fut finalement vaincu par son rival à droite, Jacques Chirac. En revanche, les documents Takieddine sont au centre d’une histoire actuelle : l’élection en 2007 de l’actuel président de la République qui, jusqu’à preuve du contraire, entend bien être de nouveau candidat en 2012 pour se succéder à lui-même. La première est aux mains de la justice, deux juges d’instruction étant chargés d’enquêter sur son volet financier, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire. Mais on serait étonné que les seconds ne suscitent pas leur curiosité, Mr Takieddine faisant office de trait d’union financier entre les campagnes présidentielles de 1995 et de 2007.

La situation créée par nos révélations est totalement inédite. En général, les investigations des journalistes accompagnent des curiosités judiciaires, avec plus ou moins de distance ou de bonheur. Mediapart, de l’affaire Karachi jusqu’à l’affaire Tapie, en passant par celle des Caisses d’Épargne, sans compter bien d’autres révélations ponctuelles, a déjà prouvé qu’il n’entendait pas s’y limiter. Comme celle de la presse, l’indépendance de la justice est une bataille quotidienne qui suppose le renfort de médias libres, capables de dévoiler des réalités insoupçonnées par les juges eux-mêmes. Dans le cas qui nous occupe, Mediapart est en possession de plus de 5 000 documents incontestables qui, pour l’heure, ne sont entre les mains d’aucun magistrat et ne font donc partie d’aucune procédure judiciaire.

Jamais un organe d’information ne s’est trouvé ainsi détenteur d’une telle somme de secrets dévoilant sur une longue durée les combines d’un marchand d’armes et son ascension au cœur du pouvoir politique. C’est en quelque sorte le journal de bord d’un triple personnage, à la fois conseiller occulte, intermédiaire sulfureux et financier de l’ombre. Aucun des documents déjà révélés par Mediapart n’a été réfuté ou contredit. Sollicités, les protagonistes, quand ils veulent bien nous répondre, ne les contestent d’ailleurs pas. Il va de soi, enfin, que nous veillons à n’exploiter, dans cette masse de documents, que ce qui est d’intérêt public, en écartant tout ce qui pourrait relever de la vie privée.

La richesse exceptionnelle de ce matériau explique sans doute la lenteur de son cheminement dans l’espace public. Il faut du temps pour en prendre connaissance, l’assimiler et l’analyser, tout comme il nous faut du temps pour le trier et le traiter. Mais, à mesure que se poursuivront nos révélations, nul doute que les questions d’ores et déjà posées, notamment par le Parti socialiste et par le Parti de gauche, seront de plus en plus relayées par une opposition qui prendra la mesure de l’extrême gravité des faits révélés. Pour aider à cette prise de conscience, nous mettrons progressivement ces documents en ligne, dans les semaines à venir, sur notre site documentaire FrenchLeaks où ils seront en accès libre.

Quant aux très faibles ou trop rares reprises de ces informations d’intérêt public par une grande part des médias français, nos lecteurs savent que l’entêtement finit toujours par payer, comme ce fut le cas, certes plus rapidement, avec nos révélations l’été dernier sur l’affaire Bettencourt qui furent d’abord boudées ou ignorées. S’il fallait une nouvelle preuve de l’état inquiétant de notre univers médiatique, en termes d’audace éditoriale et d’indépendance politique, ces lenteurs suffiraient à l’apporter. La place occupée par l’actuel patron éditorial du Figaro, Etienne Mougeotte, dans le dispositif relationnel de Ziad Takieddine ne fait que souligner une réalité qui les dépasse tous deux : le fait sans précédent dans une démocratie digne de ce nom qu’un grand quotidien soit non seulement la propriété d’un élu notable du parti au pouvoir, mais surtout celle d’un marchand d’armes vivant de la commande publique. Le sénateur UMP Serge Dassault n’est rien sans l’État français, son principal client auquel il vend sans concurrence ni transparence ses avions de combat, voire ses drones comme l’illustre un contrat récent imposé par le pouvoir à nos armées malgré leurs réticences.

C’est l’affaire des journalistes, ceux du Figaro compris, de ne pas accepter la corruption de leur profession induite par ces conflits d’intérêts qui, hélas, existent aujourd’hui dans la plupart des grands médias privés, propriétés d’industriels ou de financiers extérieurs aux métiers de l’information. Et c’est l’affaire de tous les citoyens de faire en sorte que la campagne présidentielle de 2012 porte la question centrale d’une libération de la presse française de toutes ces sujétions qui minent sa vitalité et ruinent son intégrité. Dans cette attente, Mediapart continuera d’illustrer, avec ses faibles moyens mais aussi sa grande détermination, l’indispensable rôle d’alerte et d’éveil démocratique d’une presse libre.

S’il est honnête et rigoureux, le travail est toujours récompensé : de même qu’en juillet 2010, nombre de médias n’avaient pas fait état des décisions de justice nous donnant raison dans la diffusion des enregistrements Bettencourt, le désistement soudain de Claude Guéant dans l’action judiciaire qu’il avait spectaculairement engagée à notre encontre en novembre 2010 est presque passé inaperçu, tout comme la mise en examen de Xavier Bertrand à notre demande pour ses propos diffamatoires qualifiant nos méthodes de « fascistes ». Il en ira de même avec les documents Takieddine : tôt ou tard, ils seront au cœur du débat public, tout simplement parce qu’ils dévoilent la corruption aujourd’hui installée au cœur du pouvoir. Une corruption qui ronge la République, mine ses valeurs et discrédite ses principes.

La corruption au cœur du pouvoir

En 1992, dans un ouvrage qui fit date, l’universitaire Yves Mény définissait en termes forts parce que simples et clairs la corruption : « Par définition, la corruption est un échange occulte, secret qui permet d’accéder à des ressources que le respect des règles et procédures n’aurait pas permis d’obtenir ou aurait rendu aléatoires. » Nous y sommes, évidemment. La Corruption de la République, sujet et titre de l’ouvrage de Mr Mény, paru chez Fayard, n’est évidemment pas nouvelle, facilitée et aggravée, soulignait-il déjà, par l’absence de transparence et la concentration du pouvoir. Mais la corruption au cœur de la République, comme installée à demeure et avec tant d’impudeur, c’est de l’inédit.

Ici, la corruption générale des règles administratives entraîne une corruption insidieuse des mœurs politiques. À l’argent sale obtenu de dictatures opprimant et réprimant leurs peuples s’ajoute le mépris total de la loi et des règlements, comme de ceux qui en sont les gardiens ou les instruments. Témoignant d’une diplomatie parallèle qui piétine allègrement les fonctionnaires du Quai d’Orsay, les documents Takieddine prouvent que le pouvoir était prêt à négocier au mépris du droit le sort judiciaire du bras droit de Kadhafi, Abdallah Senoussi, responsable, entre autres massacres, de l’attentat contre le DC10 d’UTA qui fit 170 victimes.

Ils prouvent aussi, de façon incontestable, que Ziad Takieddine, résident fiscal français et personnalité connue du sommet de l’État, ne paye pas d’impôts. Malgré une fortune évaluée à 97,2 millions d’euros dont plus de 40 millions sont localisés en France, il ne verse rien pour l’intérêt général, zéro centime, défiant avec constance la loi fiscale sans laquelle il n’y aurait pas de budget de la Nation, et donc pas d’État. Et il le fait alors même que c’est grâce à cet État qu’il s’est enrichi, en touchant les commissions que sa place auprès de Nicolas Sarkozy, ministre puis président de la République, lui a permis d’obtenir.

Sommes-nous toujours en République ? On en douterait sincèrement au constat que cette information aussi stupéfiante qu’indiscutable n’a, jusqu’à aujourd’hui, suscité aucun commentaire des ministres directement concernés, ceux des finances et du budget, François Baroin et Valérie Pécresse. On en doute assurément quand l’on constate que Ziad Takieddine n’a cessé de fréquenter des ministres du budget, de Nicolas Sarkozy lui-même à Jean-François Copé qui est non seulement son ami mais aussi son débiteur, comme l’atteste la comptabilité du marchand d’armes. On en doute définitivement quand l’on découvre, parmi d’autres hauts fonctionnaires, un ancien directeur du budget sous les gouvernements de droite parmi les invités très choisis du dîner festif organisé par Ziad Takieddine quatre jours après la victoire de la droite aux législatives de 2002.

S’efforçant de classer la corruption par catégories de dangerosité, le politologue Yves Mény mettait en haut de l’échelle cette « situation beaucoup plus grave où quelques décideurs publics, par l’importance des décisions financières et économiques qu’ils prennent, sont à même de déterminer le mode et le type de rapports qu’entretient l’administration avec le secteur privé ». Dès lors, poursuivait-il, « au sein de l’État de droit se crée ainsi un club, une “société mafieuse” avec ses codes et ses règles de conduite, ses rétributions et ses sanctions ». Il faut donc croire que, là aussi, nous y sommes.

La mafia comme métaphore politique

Car ce qui frappe dans la masse des documents Takieddine, albums photos compris, c’est la présence constante d’un cercle très fermé de proches de Nicolas Sarkozy. On y trouve d’abord le conseiller de toujours, l’ami et serviteur indéfectible, Brice Hortefeux, dont on sait qu’il se prépare à organiser la future campagne présidentielle. Puis deux autres proches issus du terrain de jeu initial, la ville de Neuilly-sur-Seine et le département des Hauts-de-Seine : Thierry Gaubert, qui, comme Mediapart l’a raconté dès 2008, est impliqué dans un scandale immobilier lui valant aujourd’hui d’être en instance de jugement à Nanterre, notamment pour escroquerie, et Dominique Desseigne, qui n’est pas seulement le patron du Fouquet’s mais surtout celui du groupe Barrière dont les casinos règnent sur presque tout le territoire national.

Enfin, deux autres personnages complètent ce tableau presque intime. Le premier est Jean-François Copé, dont on comprend mieux en découvrant les documents Takieddine la confiance présidentielle qui lui vaut d’être aujourd’hui à la tête de l’UMP. Le second est Claude Guéant qui, avant de devenir ministre de l’intérieur fin 2010, fut considéré comme le numéro deux de la République, secrétaire général de l’Élysée prenant le pas sur le premier ministre et son gouvernement au mépris de tous les usages. Ziad Takieddine est donc éminemment proche de ces cinq personnalités essentielles dans le dispositif politique de Nicolas Sarkozy. Et quand il n’invite pas ou ne régale pas les uns, il abreuve de notes ou de conseils les autres. Autrement dit, il fait lui aussi partie du clan, ou du « club » pour reprendre Mr Mény. De ce premier cercle qui entoure « le patron ».

L’Italie, qu’ont beaucoup fréquentée les politologues qui, comme Yves Mény, ont étudié la corruption de nos républiques, a eu la chance d’avoir, avec Leonardo Sciascia, un écrivain sicilien qui n’avait pas peur de la mafia au point d’en faire le matériau de son œuvre. Dans une note qui clôt Le Contexte, un roman de 1971 porté à l’écran par Francesco Rosi sous le titre Cadavres exquis, il confie avoir imaginé « un pays où n’avaient plus cours les idées, où les principes – encore proclamés et célébrés – étaient quotidiennement tournés en dérision », un pays « où le pouvoir seul comptait », pouvoir, ajoutait-il, qui, « de plus en plus et graduellement, prend la forme obscure d’une chaîne de connivences, approximativement la forme de la mafia ».

Aussi provocante soit-elle, cette métaphore politique de la mafia ne s’en impose pas moins à la lecture des documents Takieddine. Tant ils offrent clairement le tableau d’une chaîne de connivences dont le pouvoir est le seul enjeu, et l’argent le seul ressort. D’un monde d’intérêts aussi féroces qu’égoïstes où la loi est bafouée, et la République déshonorée. S’interrogeant en 1979, dans La Sicile comme métaphore, sur la persistance culturelle de la mafia dans sa Sicile natale, Leonardo Sciascia reprochait aux partis de gauche d’avoir trop déserté « l’exercice de l’opposition, et donc de la dénonciation, une fonction salutaire et capitale dans une démocratie ». « Une vraie révolution culturelle en Sicile ne sera pas possible tant qu’il n’y aura pas une bonne opposition », concluait l’écrivain.

Il en va aujourd’hui pour notre France sous Sarkozy comme de la Sicile de Sciascia. Devenu une île sous cette présidence, car de plus en plus coupé du monde et des autres, offrant le spectacle d’une déchéance morale en son sommet, où la xénophobie officielle sert de diversion aux corruptions essentielles, notre pays a en effet urgemment besoin d’une bonne opposition. D’une opposition qui n’ait pas peur d’affronter cette chaîne de connivences qui, désormais, s’étend à l’abri des institutions de la République.